Par délégations entières, on vient de New York, Paris, Bordeaux et autres métropoles, d’Europe et d’ailleurs, s’inspirer du cas Milan en matière de gestion des déchets. Excepté San Francisco, la Mecque du Zero Waste (zéro gâchis), où 100 % des détritus devront être recyclés et/ou compostés en 2020 – c’est à dire demain –, la capitale de la Lombardie est bien un modèle.

 

Ses habitants trient aujourd’hui plus de 54 % de leurs ordures ménagères, ce qui en fait la première ville européenne à avoir franchi le seuil des 50 %. L’objectif milanais est d’atteindre les 65 % à l’horizon 2020. C’était encore seulement 32 % en 2012. Une ville modèle qui donne l’exemple au delà des frontières de la péninsule, à l’heure où Paris s’essaie à un « plan compost ».

 

Grâce à un système de porte-à-porte, Milan collecte aujourd’hui plus du double des déchets de cuisine ramassés par des agglomérations comparables. Son efficacité se fonde sur l’utilisation des sacs en « bioplastique » (Made in Italy). Biodégradables et imperméables, hygiéniques, ils permettent la diminution hydrique par transpiration et sont conçus pour optimiser le traitement par méthanisation et le compostage, étant eux-mêmes compostables. Il s’agit là d’un facteur fondamental et essentiel pour assurer la qualité des matières à recycler.

 

Selon une étude, Milan collectait déjà en 2012 plus de 90 kg de déchets de cuisine par habitant et par an, soit le double voire le triple respectivement de Vienne ou Munich. À Milan, les ménages ont appris à jongler avec cinq poubelles de couleurs distinctes. La fraction humide, dite « umido », est destinée au conteneur de couleur marron et donc au compostage. Elle est réservée aux résidus alimentaires et organiques avec prière d’éviter les indésirables de toutes nature. Par exemple, on peut jeter des cheveux coupés, à condition qu’ils ne soient pas chimiquement colorés. Les plastiques sont destinés aux sacs ou bacs jaunes après avoir été rincés, sachant que 7 % seulement du plastique récupéré peut resservir. La « mettalo latine » reçoit donc les métaux, y compris les bombes aérosols. Le verre « vetro », se recyclant à l’infini, est stocké dans des containers verts. Papier et carton vont dans le contenant blanc. En la matière, l’Italie est numéro 1 en Europe avec 90% de papier récolté recyclé… Les marchés municipaux, restaurants, cantines sont eux aussi impliqués dans le tri sélectif.

 

Lors de l’Expo 2015, Milan se targuait d’appartenir à l’avant-garde des Smart Cities. Ce sera encore plus vrai en 2018 quand 15 000 poubelles munies d’une puce électronique seront déployées dans la ville et pourront être gérées à distance. Ce qui permettra également au passage de contribuer à faire encore progresser la discipline puisqu’on saura automatiquement quel foyer ou quel immeuble relâche son effort le cas échéant.

L’autre grand volet de la politique milanaise, c’est le recyclage. Et l’investissement est important. Un plan de 500 millions d’euros a pour objectif de parvenir à recycler 100 % des déchets à l’horizon 2030. Ambitieux mais jouable dans la mesure où déjà seulement une infirme fraction des déchets indifférenciés termine aujourd’hui dans une décharge. Au bout de la chaîne allant du tri au ramassage gérée par l’Agence d’entretien de la ville, six nouveaux sites doivent être dédiés au verre, au papier, au plastique et aux matières organiques. Le reste est utilisé pour fournir du chauffage à 20 000 foyers et de l’électricité à 130 000. On le voit, outre les économies en termes d’émissions de CO2 et les pollutions liées à l’enfouissement ou l’incinération, le Zero Waste rapporte.

 

Italie, terre de contraste : l’exemplarité milanais est l’antithèse de la situation de Rome où les 5 000 tonnes d’ordures ménagères quotidiennes sont ramassées de manière aléatoire et où seulement 35 % des foyers pratiquent le tri plus ou moins sélectif. On déplorera que la société chargée de l’entretien de la ville éternelle se fasse plutôt connaître pour certaines pratiques scandaleuses que pour son efficacité. D’une certaine manière, une certaine vertu de la capitale économique de l’Italie compense les vices de sa capitale politique. En tout cas en matière de tri sélectif.

Par Rédaction ParisMilan le 27 octobre 2017